Bernard voit le jour à Fontaine-Lès-Dijon, seigneurie de son père, dans une famille de moyenne noblesse. Il est le troisième des 7 enfants de Tescelin, modeste chevalier du duc de Bourgogne, et d'Aleth, de plus haute lignée : elle est la fille du seigneur de Montbard.
Né troisième, Bernard est promis à l'Eglise.
L'Ordre Bénédictin avait été créé au début du VIème siècle au monastère du Mont-Cassin en Italie, par Benoît de Nurcie. En se développant, l'Ordre s'était éloigné de la stricte observance de sa Règle. Activement mêlés à la vie matérielle et spirituelle de leur époque, les bénédictins avaient, peu à peu, oublié leurs voeux d'humilité et de pauvreté.
Robert fonde le monastère de Molesmes en 1075 avec une volonté de retour à la Règle de Saint Benoît. Après l'austérité des débuts, la discipline de ses moines se relâche. Lorsqu'il essaie de la restaurer, ceux-ci se rebellent. La réforme semble impossible, Robert sollicite donc, de l'archevêque de Lyon légat apostolique, l'autorisation de fonder un nouvel Ordre. Accompagné de douze compagnons aspirant comme lui à un idéal de rigueur, il quitte Molesme pour fonder Cîteaux.
Il rejoint l'Ecole canoniale de Chatillon sur Seine où il acquiert une bonne connaissance de la Bible, des Pères de l'Eglise. Il étudie les arts libéraux - la grammaire, la rhétorique et la dialectique - ainsi que les auteurs latins et montre un goût particulier pour la littérature.
Après la fondation de Clairvaux, Bernard rencontrera l'évêque de Châlons, Guillaume de Champeaux, les deux hommes devinrent amis. Guillaume était un des plus illustres théologiens et philosophe de son époque.
Par l'intermédiaire de ses frères, Bernard connaît l'éducation chevaleresque. Il est emprunt de cet esprit - dans son milieu familial tout comme auprès des chanoines - il ne fréquenta que des chevaliers ou leurs fils.
Il ne remettra jamais en cause une société où les chevaliers occupent une place dominante.
Bernard arrive à Cîteaux habité par l'esprit chevaleresque de sa classe ; il est accompagné de 30 jeunes gentils hommes qu'il a su persuader de la suivre. Force de conviction, déjà . Bernard a imposé sa vision du monde à quatre de ses frères, à l'un de ses oncles, à des amis...
Etienne Harding est abbé de Cîteaux depuis 1109.
L'abbaye comptait alors une quinzaine de moines et périclitait. Les compagnons de Bernard sont tous des clercs lettrés de haute naissance, dont les parents, des laïcs puissants, vont aider le développement de l'Ordre par leurs dons et faveurs.
Après l'arrivée de Bernard et de ses compagnons, un flot continu de postulants sollicite l'entrée de la clôture. Le nombre des novices est si important qu'il faut envisager la création d'une autre abbaye.
La Ferté, 1ère abbaye fille de Cîteaux, est fondée en 1109 ; c'est le début de l'essor du mouvement cistercien.
Bernard devient abbé de Clairvaux.
Dès lors, il décide de ne plus réserver sa parole aux seuls religieux de son monastère. S'il est souvent question de sa Parole ou de son Verbe, Saint Bernard est surtout un homme d'écriture.
Au cours des décennies suivantes, il parlera et écrira sans cesse. Il se battra contre des causes opposées à ses convictions. Il combattra d'autres moines, d'un autre ordre, qu'il rêvait de voir s'amender (les Clunisiens) ; il combattra l'Ecole en la personne d'Abélard. Il partira en guerre contre un pape qu'il estime mal élu pour un autre qu'il juge meilleur ; il partira en guerre contre les hérétiques du sud de la France...
L'état de santé de Bernard se dégrade. Il est contraint de vivre loin de sa communauté et des responsabilités de sa charge. Déchargé de l'administration spirituelle et temporelle de sa maison, il passe une année dans un ermitage.
Pendant cette cure de repos, il rédige son premier traité : Les Louanges de la Vierge Mère.
Ce chapitre va réunir à Cîteaux les neuf abbés rattachés à l'abbaye. Etienne Harding présente à leur assentiment la rédaction de la Charte de l'Ordre. Cette charte de 31 articles ou chapitres constituera un lien juridique entre tous les monastères de l'Ordre. La Charte de Charité a pour principal objectif la sanctification des âmes par la pratique de la Règle dans un même esprit de fidélité.
Les cisterciens ne rejetaient pas la société féodale et son organisation en trois ordres : le corps social était divisé en trois parties qui assument des fonctions complémentaires et échangent des services. Au monastère, comme à la Cour, les différentes classes ne se mêlent pas : très tôt, un chapitre général interdira aux nobles de devenir moines convers. Les valeurs féodales côtoient les valeurs cléricales et priment sur elles.
Cette même année, Bernard écrit à son neveu Robert. Celui-ci, promis au monastère de Cluny, est d'abord resté quelques années à Clairvaux. La lettre adressée à Robert doit le convaincre de revenir à Clairvaux. Cette lettre est violente et passionnée, elle révèle la personnalité de Bernard avec toutes ses qualités et ses défauts d'écrivain et d'être humain.
Les épîtres constituent alors un genre littéraire très prisé ; c'est aussi un genre littéraire rigoureux, laissant peu de place à la spontanéité. Les épîtres sont copiées puis transmises aux milieux lettrés.
Saint Bernard rédige également ses sermons pour en assurer la diffusion car ils ne sont pas destinés aux seuls moines de son ministère, ils s'adressent au monde entier.
Saint Bernard fait preuve d'une grande activité littéraire. Il publie L'Apologie, L'Amour de Dieu, La Grâce et le Libre Arbitre ainsi que Des moeurs et des devoirs des évêques.
Les lettrés, contemporains de Saint Bernard, le considérent comme l'un des plus grands auteurs de son époque.
De nombreuses affaires ecclésiastiques et événements vont préparer l'abbé de Clairvaux à ses futures grandes missions.
Le cardinal-légat Mathieu convoque Bernard à un concile qui se tiendra à Troyes, le 1er janvier 1128. Au programme, l'approbation de la fondation de l'Ordre du Temple. Antérieurement, Bernard a reçu la visite de son oncle maternel, André de Montbard de retour de Palestine. Templier, il est porteur d'un message du roi Baudouin de Jérusalem qui demande à l'abbé de Clairvaux d'établir une Règle propre à l'ordre des Templiers.
A la mort du pape Honorius, le 16 janvier 1131, les cardinaux présents à Rome décidèrent, selon l'usage constant, de procéder à l'élection d'un nouveau pape dans l'église Saint Marc. Certains cardinaux, en raison de l'agitation provoquée par le soulèvement du peuple de Rome, n'osèrent pas se rendre à l'endroit indiqué et élurent de leur côté, le cardinal Grégoire. Cependant, les partisans de Pierre de Léon qui avaient donné rendez-vous aux autres cardinaux à l'église Saint Marc proclamèrent pape leur candidat. L'élection canonique de Grégoire sous le nom d'Innocent II était antérieure à celle de Pierre (Anaclet) même si elle avait été faite de manière et sans la participation de tous les électeurs.
Cependant, le parti de Pierre prévalait à Rome ; Innocent II fut donc contraint de quitter la Ville Sainte et vint en France solliciter la faveur du roi Louis VI Le Gros. Celui-ci réunit un concile qui se déclara favorable à Innocent II, prenant appui sur l'avis de Saint Bernard.
Cependant, le schisme ne prit fin que 8 ans plus tard avec la mort d'Anaclet. Pendant ses huit années, Saint Bernard fait preuve d'une activité et d'une énergie inlassable jusqu'à la victoire de la cause qu'il défendait. Victor, le successeur d'Anaclet, vint trouver Saint Bernard qui le dépouilla des insignes du pontificat et l'amena aux pieds d'Innocent.
Bernard de Clairvaux, qui juge dangereuse l'influence d'Abélard, demande au concile de Sens et au pape Innocent II, de le condamner pour le scepticisme et le rationalisme de son enseignement.
Avant Descartes, Abélard pratique le doute méthodique « En doutant, nous nous mettons en recherche et en cherchant nous trouvons la vérité ». Saint Bernard refuse que les secrets de Dieu soient examinés et questionnés par la raison. Il poursuit donc Abélard de ses accusations d'hérésie et obtint sa condamnation mais a-t-il triomphé ? Ses dénonciation sont empruntes de mauvaise foi et sans effet sur les étudiants enthousiasmés par la pensée originale d'Abélard.
Par ailleurs, Abélard avait suivi l'enseignement de Guillaume de Champeaux, alors que celui-ci était archidiacre de Notre-Dame de Paris et s'était rapidement opposé à celui que Saint Bernard considérait comme son père spirituel.
L'hérésie cathare fait des progrès dans le midi de la France. Le pape Eugène III envoie le cardinal Albéric, l'évêque de Chartres et Saint Bernard en mission dans le Languedoc.
Quels arguments opposer à ses femmes et ses hommes qui se réclament du Christ ? Que leur répondre quand ils font une juste référence aux évangiles pour expliquer leurs pratiques ?
Comme les autres prédicateurs, Saint Bernard échoua contre le catharisme, il ne put convaincre aucun de ces croyants. L'échec de ces prédications déboucha sur la guerre sainte, les pillages et les bûchers...
En 1144, les Turcs prennent Edesse. Le royaume d'Antioche est menacé. Le pape se tourne vers le souverain le plus puissant : le roi de France. A Noël 1145, celui-ci annonce qu'il va se croiser. Cependant, les grands du royaume instruits par de précédentes expériences, font la sourde oreille. Pour les convaincre, Louis VII s'adresse à Saint Bernard qui, après avoir reçu l'acquiescement du pape, organise sa prédication.
Le 31 mars, un dimanche de Pâques, il prêche à Vézelay. Dès le lendemain, Bernard écrit au pape Eugène III : « Vous avez ordonné, j'ai obéi, et c'est votre autorité qui a fait fructifier mon obéissance. J'ai parlé et aussitôt les croisés se sont multipliés à l'infini. Les villages et les bourgs sont en partie déserts. On y trouverait difficilement un homme contre sept femmes qu'on peut assimiler à des veuves, quoique leurs maris soient encore vivants. »
En 1147, la prédication se poursuit en Lorraine, en Bourgogne en Flandre et en Allemagne. Quand il ne peut se déplacer, il écrit ; parfois, il se fâche : « Dieu n'a pas besoin de guerriers pour combattre. C'est un effet de sa bonté de permettre à tous de racheter ses pêchés par la Croisade ».
Le 12 juin, cent mille français et cent mille allemands se mettent en route : le désordre est immédiat. Ni Louis VII, ni Conrad III ne peut discipliner les croisés qui se livrent au pillage.
L'échec de cette croisade sera imputé à Saint Bernard : « J'aime mieux que les murmures des hommes se tournent contre moi que contre Dieu ».
«... quel homme soumit jamais plus d'empires à sa volonté et courba avec plus d'autorité, sous le poids de ses conseils, non seulement les puissances de la terre mais encore celles de l'Eglise elle-même ? ... »
Cependant, il n'est pas de vertu qu'il estimât davantage que l'humilité qu'il définit dans Les Douze Degrés : « L'humilité est cette vertu par laquelle l'homme, en raison de la connaissance très vraie qu'il a de lui-même, se tient pour méprisable ». A plusieurs reprises, avec force, il refusera les fonctions d'évêques, il aspire à rester l'abbé de sa communauté.
Accepter les honneurs, ce serait faire preuve d'orgueil mais aussi revenir dans le siècle, jouer le jeu des rivalités et des puissants. On dirait aujourd'hui que Saint Bernard est un électron libre : pourquoi se limiter à un évêché -même celui de Rome- quand, par une sorte de délégation générale, il semblait disposer de tous les royaumes et empires ?
A sa mort, Clairvaux compte 700 moines et réunit 164 abbayes : elle a donné naissance à 70 autres monastères et de nombreuses abbayes ont rejoint et se sont agrégées à Clairvaux. Dans son ensemble, l'Ordre cistercien rassemble 393 abbayes.
Personnalité complexe et ambiguë que celle de l'abbé de Clairvaux : chevalier et pasteur d'âmes. Une constante cependant transparait dans tous les aspects de son être : Saint Bernard est un homme de convictions, habité d'une mission supérieure : combattre les forces du mal.
Pour accomplir cette mission, il sera chevalier parce qu'il ne possède pas d'autre modèle. Combattant dur, agressif, courageux mais insensible aux douleurs d'autrui, impatient et muni d'une volonté inflexible, il se jette dans la bataille et renverse les obstacles.
Eloquence rare, charisme, pouvoir de conviction, sens de la formule, génie de l'organisation, il a mis toutes ses qualités de grand communiquant au service d'une foi ardente mais de causes injustes.
Son goût de l'ascétisme se retrouve dans l'austérité des églises cisterciennes. L'iconographie est proscrite mais le style épuré est limpide.
Si Bernard n'a pas fondé l'ordre cistercien, il a assuré son rayonnement et son unité ; il en a fait le succès et la renommée.