Le 22 juillet 1916, à 21H00, naissait à Sidi Bel Abbès (Algérie) le petit Marcellin Cerdan, quatrième fils d'Antonio Cerdan et d'Assomption Cascales. La légende raconte qu'à sa naissance, le père de celui qui allait devenir le grand Marcel Cerdan accueillit son enfant à travers cette promesse "tu seras boxeur". qui fut les premiers mots qu'il lui adressa. Le destin de ce champion à la trajectoire fulgurante et tragique était en marche.
Pour le jeune Marcel Cerdan, ce sont les années d'apprentissage. Poussé à la boxe par son père, lui-même pratiquant et dont le fils ainé Vincent était à l'époque le plus fidèle "élève", Marcel est à l'origine plutôt intéressé par le football pour lequel il posséde du reste quelques prédispositions.
Mais mû par la projection paternelle le concernant, Marcel tombera dans la boxe comme une évidence, un but inéluctable. Coaché avec conviction et amour par Antonio Cerdan lui-même, Marcel s'entraîne durement et consciencieusement, révélant un talent naturel et récoltant les premiers fruits de sa pratique forcenée : il enchaîne en effet victoires sur victoires dans sa catégorie d'âge.
Dans les souvenirs qu'il livrera à l'âge adulte, Marcel racontera le premier combat marquant de sa jeune carrière, livré à 12 ans et remporté bien évidemment, combat dont le gain fut une paire d'espadrilles et une tablette de chocolat !
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Marcel Cerdan, majeur depuis la veille (la majorité à l'époque étant légale à l'âge de 21 ans) est confié par son père au grand manager de l'époque Lucien Roupp, conquis par le talent et le style pugilistique du jeune boxeur. La carrière de Marcel Cerdan va alors littéralement exploser grace à cette rencontre. Le boxeur puisera dans la constitution de ce binôme ce qui lui manquait pour accéder au plus haut niveau de son sport. Il part suivre Lucien Roupp à Paris et commence à collectionner les victoires contres des adversaires réputés (Al Francis, Kouidri, Rabak).
Après trente-quatre combats pour autant de victoires, Marcel Cerdan dispute ses premiers championnats de France dans la catégorie des poids welter contre une nouvelle fois Omar Kouidri. Nette victoire au point pour le marocain et premier titre de sa jeune carrière. Il défendra ce titre de champion de France deux fois victorieusement la même année.
Première chance européenne contre Saverio Turiello au Palais des sports de Paris, toujours dans les catégorie des welters. Nouvelle victoire (au point) et nouveau palier franchi par le boxeur qui peut désormais nourrir de sérieux espoirs de consécration mondiale. Marcel Cerdan défendra son titre avec succès deux nouvelles fois dans cette catégorie.
Durant les années de guerre, Cerdan, outre les combats nationaux et la défense de son titre européen, disputera et remportera à deux reprises les compétitions inter-alliés où il croisera la première fois les gants avec des boxeurs américains dans la catégorie des poids moyens qu'il ne quittera plus. Les reporters américains, suite à ces succès, commencent à s'intéresser au boxeur français et lui attribueront le surnom de "bombardier marocain" qui contribuera à sa gloire.
Mobilisé brièvement dans la marine jusqu'à la capitulation française, Cerdan ne remettra pas les gants avant 1941 mais ne se départira pas d'un esprit résistant tout au long de ces années sombres. Il lui arrive ainsi de combattre au profit des prisonniers de guerre. La plupart de ses combats de l'époque serviront par ailleurs à alimenter clandestinement les caisses de la Résistance. Il n'en reste pas moins que sur le strict plan sportif, le conflit mondial marque un net coup d'arrêt concernant son ascension, puisqu'elle diffèrera d'autant les confrontations avec les pugilistes américains, références absolues de ce sport, titre mondial en jeu.
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L'année 46 marque un tournant important dans la carrière de Cerdan qui combat pour la première fois au Etats-Unis, dans le mythique Madison Square Garden contre Georgie Abrams. Il enchaîne les combats sur le continent américain (Harold Green et Laverne Roach au Madison, Billy Walker à Montréal, Anton Raadik à Chicago) pour autant de victoires. Il n'oublie pas entre-temps les contingences nationales et continentales remportant les titres français et européens dans sa nouvelle catégorie des poids moyens. Sa conquête du titre européen fera d'ailleurs l'objet d'un petit scandale le 23 mai 1948 lorsqu'à l'occasion de sa troisième défense contre le valeureux belge Delannoit, Cerdan est injustement privé d'une victoire aux points, pourtant incontestable. Le marocain récupèrera le titre et prendra sa revanche contre ce même adversaire moins de deux mois plus tard.
Alors qu'il se trouve en pleine conquête des Amériques et du titre de champion du Monde, Marcel Cerdan fait la rencontre à New-York d'Edith Piaf. Ce sera un an plus tard le début d'une relation passionnée entre le champion de boxe et le petit oiseau fragile, à la voix et au caractère d'exception. Cerdan sera le seul et véritable amour de la môme. Pour le boxeur déjà mari et père, cette tendre liaison viendra ponctuer une vie de combattant. Les deux amants se retrouveront aussi souvent que possible, dès lors que leur actualité le leur permettra, entre deux concerts ou deux combats. Cette histoire d'amour tragique aura largement contribué à alimenter le mythe Cerdan. Elle viendra provoquer indirectement sa perte.
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C'est la consécration tant attendue. Au Roosevelt Stadium, Marcel Cerdan affronte le redoutable Tony Zale, surnommé "l'homme d'acier", celui-là même qui vient d'exécuter le célèbre Rocky Graziano trois mois plus tôt pour le titre de Champion du Monde des moyens. L'issue du combat est indécise et Zale fait peur. En France, c'est l'ébullition. Pour beaucoup, c'est l'occasion d'investir dans un premier poste de radio afin de suivre le combat en direct malgré l'heure tardive. Au moment de l'affrontement, presque tout le pays a l'oreille tendue vers Jersey City.
Dès le cinquième round, la rencontre bascule en faveur du français qui prend la mesure de Zale. Zale plie sans rompre jusqu'à la onzième reprise où un violent crochet gauche de Cerdan met à terre l'américain, KO. Marcel Cerdan est enfin Champion du Monde. Le retour au pays du champion lui permet de prendre la mesure du retentissement national de son exploit. C'est un triomphe digne d'un libérateur qui l'attend à Paris. La France, frustrée par la désillusion des années de guerre, tient là son nouvel héros. Cerdan accède au rang de gloire nationale.
C'est en Champion du Monde en titre que Cerdan part affronter Jack La Motta à Détroit. Cet ultime combat du boxeur français est soumis à polémique, tant la légitimité de La Motta, le "taureau du Bronx" en tant que challenger officiel demeure contestable. 10 ème boxeur mondial de la catégorie, l'italo-américain devait en effet pour beaucoup à la mafia sa progression rapide vers une chance mondiale. Le combat lui-même prête toujours à une certaine amertume, tant son issu fut fortement influençée par plusieurs incidents. L'affrontement avancé d'une demi-heure, Marcel Cerdan ne peut pas bénéficier du long échauffement qu'il affectionne et est soumis dès le premier coup de gong à la terrible pression de La Motta. Pour se récupérer d'une glissade, le champion français place son bras en porte à faux et se luxe l'épaule gauche. Dès lors et malgré tout le courage de Cerdan, le sort de son combat ne fait plus de doute. Agressé sans relâche par son challenger et sans la possibilité de se défendre à cause de sa blessure, Cerdan, sur les conseils de son entraîneur, abandonne à la 11ème reprise et perd son titre. Aujourd'hui encore, la plupart des spécialistes considèrent que sans ces incidents, Cerdan aurait aisément remporté ce combat, qui fut le dernier du "bombardier de Casablanca".
Réconforté par l'accueil reçu en France en dépit de la défaite contre La Motta, Cerdan est plus que jamais décidé à récupérer son titre. La revanche est fixée au 2 décembre. Pour se donner les moyens de ses ambitions de reconquête (et retrouver Edith Piaf), le champion français décide de finir sa préparation sur les lieux du combat, aux Etats-Unis.
Devant l'empressement de la Môme à retrouver au plus vite son amant, Cerdan opte pour l'avion afin de gagner le continent américain. Un couple de jeunes mariés offre même ses billets à Cerdan et ses accompagnateurs - preuve de sa popularité - devant l'impossibilité de trouver rapidement des places libres dans un vol pour New-York. Générosité providentielle !
Le vol du Constellation FDA-ZN s'achèvera en effet tragiquement au dessus de l'Archipel des Açores dans la nuit du 27 au 28 octobre. Marcel Cerdan trouvera la mort dans ce crash aérien, ainsi que les 47 autres passagers. Il avait 33 ans.
La France entière est anéantie par la nouvelle de la disparition du champion. Jamais une telle popularité n'avait gagné une nation toute entière pour un sportif. Marcel Cerdan, au delà de son incroyable palmares (111 victoires pour seulement 4 défaites contestables), a su créer sa légende et intégrer durablement la mémoire collective.
Edith Piaf enregistre son "Hymne à l'amour", écrit et composé du vivant de Cerdan mais trouvant toute sa puissance dans la disparition du boxeur et le chagrin de la chanteuse. La force du texte et de l'interprétation de la Môme qui ne se remettra jamais véritablement de la perte de son amant illustre avec à propos l'intensité de leur relation brève et tragique.