Jean-Marie-Baptiste Vianney , dit "le saint curé d'Ars", naît à Dardilly, près de Lyon, dans une famille de cultivateurs pieuse et fervente malgré le contexte de son époque : la révolution. Les prêtres fidèles à Rome sont clandestins quand il est en âge de faire sa première communion et cette période de dangers sera un de ses plus chers souvenirs d'une vie spirituelle ardente. Sa foi grandira dans ce sillon.
Le curé d'Écully, M. Balley, un saint prêtre, ouvre un petit séminaire où Jean-Marie est accueilli car une vocation forte l'appelle. À dix-sept ans, il avait confié à sa mère : « je voudrais gagner des âmes au Bon Dieu »
Une épreuve inattendue faillit changer son destin : le jeune homme qui avait été exempté, est appelé à la suite d'une erreur administrative pour rejoindre son régiment, marchant vers la guerre d'Espagne depuis plusieurs jours. Seul, le conscrit se met en route, mais en pleine nuit, dans les monts du Forez, il s'égare. Mal renseigné par un déserteur qui ne se découvre pas, il ne rejoindra jamais son corps d'armée et sera déserteur malgré lui. Il vécut ainsi une année entière, caché et travaillant pour les habitants du petit hameau des « Noës » qui l'ont recueilli. Une amnistie napoléonienne le ramènera au séminaire de Saint-Irénée, à Lyon. Peu doué pour des études, elles-mêmes retardées par le contexte historique et lié aux obligations de la ferme, le futur prêtre oscille entre le découragement et l'espoir. Son pèlerinage à la Louvesc, sanctuaire de saint François Régis, et ses premières mortifications lui permettront de persévérer. L'étude du latin était pour lui un supplice...
Son évêque connaissant sa piété finit par l'ordonner prêtre à Grenoble. Pour son ordination, il était seul, ce jour là. Étrange signe... L'évêque avait protesté, devant les hésitations de ses instructeurs : « Il n'est pas doué intellectuellement, mais il est pieux ? La grâce fera le reste ! » Jean-Marie dira, plus tard, : « Que le prêtre est quelque chose de grand ! Le prêtre ne se comprendra bien que dans le ciel. Si on le comprenait sur la terre, on mourrait, non de frayeur mais d'amour ! ».
Jean-Marie est envoyé alors à Écully comme vicaire de M. Balley, puis après la mort de celui-ci, promu curé du village d'Ars, à 30 km de Lyon, qui comptait deux cents habitants. C'était le 9 février 1818 ; il y restera 41 ans, jusqu'à sa mort. Le jeune curé s'emploie à réveiller la foi de ses paroissiens par ses prédications mais surtout par sa prière et sa manière de vivre. Les campagnes françaises étaient profondément déchristianisées depuis la terreur de 1793 et le futur saint s'imposa un "régime drastique" composé de jeûnes et privations diverses afin d'obtenir la conversion de sa paroisse. « Les âmes se gagnent, disent les saints, la vie mystique ne se comprend qu'en la vivant et ses équations ne se donnent que par des cadeaux de Dieu, dans son intimité... »
« Laissez vingt ans une paroisse sans prêtre, on y adorera les bêtes » avait-il confié. Sa piété, ses sermons et son zèle de pasteur ramenèrent progressivement la ferveur religieuse dans sa paroisse. Homme de prières, il dormait très peu, se levant dès deux heures du matin pour aller prier dans l'église glacée. Il passait des journées entières à confesser, convaincu que les conversions, les retours vers Dieu, pouvaient être gagnés à condition de faire confiance à sa miséricorde divine. Cela ne fut pas sans grand combats, de nombreux habitants n'hésitant pas à répandre calomnies et traquenard envers ce curé trop dérangeant.
En 1824, il ouvre une école de filles nommée "Maison de la Providence" avec Catherine Lassagne, une humble femme. Jean-Marie Vianney, devant le désarroi de nombreuses enfants abandonnées, se confia au bon vouloir de Dieu et l'argent afflua... Certains matins, il n'y a rien à mettre dans l'assiette des orphelines ; le prêtre fait prier, puis demande que l'on aille inspecter les coffres de blé au grenier qui sont vides : surprise, ils regorgent des précieuses céréales. Devant ces miracles, le prêtre répond aux curieux : « Comment le Père du ciel ne pourrait-il ne pas exaucer au centuple, quand on croit en lui ? »
1825 est l'année connue des premières attaques démoniaques qui déclenchent dédains, moqueries, craintes ou conversions ... Par une possédée, le démon lui cria un jour : « S'il y en avait trois comme toi sur la terre, mon royaume serait détruit ». "Le grappin", comme il l'appelle, ne le lâchera plus. Des "collègues" se moquant de lui, sont pris de frayeur une nuit plus bruyante que les autres où le curé dormait dans une chambre voisine. Possédés, mécréants et criminels viendront le défier et l'on ne compte plus les histoires incroyables et dignes de Stephen King. La majorité en repart changée et plus d'un incrédule s'est laissé prendre à ce divin piège ; les autres n'ont pas réussi à le troubler...
Dès 1830 l'afflux des pèlerins commence à Ars. Des inconnus aux personnes les plus célèbres (Victor Hugo, le Père Lacordaire, etc.) vinrent l'écouter et s'édifier. Seul, le Padré Pio rivalisera avec lui durant le vingtième siècle. Le curé d'Ars était déjà considéré comme un saint de son vivant. Jean-Marie Vianney disposait de grâces étonnantes distribuées notamment lors de ses confessions. Sa charité était par ailleurs sans limite : mangeant peu, dormant peu, il passait des heures entières en adoration du Saint Sacrement et confessait jusqu'à seize heures par jour. Redistribuant tout ce qu'on lui donnait, il n'hésitait pas à se démunir encore pour aider plus pauvre que lui. Sa ferveur et sa foi le transfigurait, son corps décharné par les souffrances émouvait les coeurs les plus durs : le ciel transparaissait à travers lui...
Jean-Marie Vianney est à l'agonie. Il se sent les mains vides devant Dieu et demande à vivre encore. L'intercession des paroissiens amena- t-elle le miracle ? Le curé se releva et continua "son chemin". Ses dons de guérison et de lecture des âmes sont alors de plus en plus reconnus. Néanmoins, le pauvre prêtre, écrasé par de telles responsabilités, se sent misérable et veut partir à la Trappe (monastère) pleurer sa pauvre vie. Ses paroissiens le retiendront.
En 1849, il fonde l'école des garçons, confiée aux Frères de la Sainte Famille de Belley. Des prêtres viennent l'assister et le soutenir. Le "grappin" s'acharne, spécialement quand de grand pécheurs ont l'intention de se confesser. « Tu m'arraches des âmes » gronde-t-il... Le curé sourit : il a plus peur du péché que du malin. Ses opposants ne le comprennent pas mais le respectent.
1850 à 1859 : les dernières années. On raconte que Jean-Marie Vianney était plein de bon sens et d'humour. Voilà quelques-unes de ses phrases célèbres : Lorsque son lit prit feu, une nuit, il expliqua : « Le démon n'a pas pu brûler l'oiseau, il n'a brûlé que la cage ». Un jour, une personne corpulente lui dit : « Quand vous irez au Ciel, je tâcherai de m'accrocher à votre soutane », et le curé d'Ars, qui n'avait que la peau sur les os, de répondre :« Gardez-vous-en bien ! L'entrée du Ciel est étroite, et nous resterions tous deux à la porte ».
Il meurt à Ars le 4 août 1859, complètement épuisé après s'être livré jusqu'au bout de l'amour. Lui qui avait trouvé une paroisse oubliée des hommes et de Dieu attira la France entière pour voir le ciel en action à travers un prêtre, petit sur la terre mais grand devant Dieu. Lors de ses obsèques, la foule comptait plus de mille personnes, dont l'évêque et tous les prêtres du diocèse, venus entourer celui qui était déjà leur modèle.
En 1905, Jean-Marie Vianney est béatifié par Pie X et déclaré patron des prêtres de France : un coeur consumé d'amour pour le coeur de Jésus et celui de Notre Dame.
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En 1929, il est déclaré "patron de tous les curés de l'univers" par Pie XI. Dans ses prêches, l'enfer revenait souvent, mais ni ses paroissiens, ni les centaines et les milliers de pèlerins ne s'y trompèrent : son exigence réveilla et convertit sur l'heure d'innombrables coeurs purs venus le trouver.
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En 1986, visite à Ars du pape Jean-Paul II qui aurait pu dire comme le saint curé : « La Sainte Vierge, c'est ma plus vieille affection : je l'ai aimée avant même de la connaître »
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2009 est l'année de Jubilé pour le cent cinquantième anniversaire de la mort du saint curé d'Ars. Croyants et incroyants respectent de la même façon l' homme de Dieu car ses mots étaient vivants et l'étude de sa vie ne peut laisser indifférent malgré des prodiges incompréhensibles à notre raison.