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Robert Johnson
Biobble HISTORICAL Conservation perpétuelle

Robert Johnson

Guitariste américain
& Chanteur de blues
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Rédacteur
Dominique Ferron
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Me and the Devil Blues
Me and the Devil Blues
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Me and the Devil Blues
2e partie
Quand certains s'interrogeront sur l'origine de ses progrès ahurissants à la guitare en deux ans à peine, et en concluront qu'il a pactisé avec le Diable, Robert Johnson ne se fera pas prier très longtemps pour évoquer le Crossroads et faire naître sa légende.
Dans le vaudouisme, le Carrefour est donc l'endroit où Legba apparaît. A son attention, on y enterre des préparations variées selon les effets recherchés. Mais c'est aussi le lieu magique où l'on peut se doter d'un pouvoir, souvent artistique. Pour cela, il faut y attendre, plusieurs nuits, que des animaux de couleur noire se manifestent. Si la bravoure de l'intéressé ne s'est pas volatilisée, le « Devil » finit par apparaître, et le pourvoie du don désiré, en chevauchant son esprit. Car la croyance vaudou fait alors du corps le seul réceptacle de la fougue du dieu invoqué.

Dans ce contexte, il est courant que les bluesmen, et souvent ceux qui sont admirés pour leur jeu novateur, déclarent avoir reçu ce don du Devil. Des retombées sur leur notoriété qui leur permettent aussi de « protéger » leur technique en décourageant d'emblée les regards trop curieux.
Tommy Johnson, né en 1896, sans lien de parenté avec Robert Johnson, est sans doute l'un des premiers grands bluesmen à avoir utilisé cette apparition du Crossroads pour répondre de son talent. Plus tard, Ike Zimmerman, transposera la magie du lieu dans un cimetière. Dans ces mêmes années 1910, c'est Howlin' Wolf qui prétendra avoir reçu ce don au bord d'une route.

Johnson pour sa part, raconte avoir rencontré Legba à un carrefour des environs de Clarcksdale à la tombée de la nuit. Qu'une ombre noire, coiffée d'un chapeau, l'a réveillé en sursaut en jouant sur sa guitare, avant de lui rendre, accordée sur le souffle du blues. Et que l'ombre une fois disparue, il s'est senti envahi par l'esprit du jeu.
Entrevue avec le Devil ou découverte de ses capacités géniales aux côtés de Zimmerman, il n'en est pas moins vrai qu'à son retour à Robinsonville en 1932, Little Robert s'est métamorphosé. Son jeu est clairement influencé par les morceaux de ses pères, mais il leur donne un souffle nouveau, au moyen d'une technique et d'une présence qui vont faire du blues le père du rock.
Ses longues et fines phalanges courent sur le manche. Sa main droite se dissocie. Comme une pianiste, elle porte son rythme à la mélodie. Les basses se mettent ainsi à marcher en permanence aux côtés des notes piquées et des slides du bottleneck. La voix, haletante et aigüe, possédée par la dramatique des textes, danse avec le jeu, et l'enflamme.
Quant à ses facultés d'adaptation aux autres styles musicaux, Robert Johnson en laisse plus d'un perplexe, à commencer par Jimmy Shines, qui fera la route vers Chicago à ses côtés : « ... Robert pouvait jouer du jazz aussi bien que n'importe qui. Il n'avait pas eu de prof et je ne pense pas qu'il savait comment construire un accord parce que je ne crois pas qu'il savait ce qu'étaient les notes. »


Sur quelles bases dites rationnelles se sont alors construits les vingt-neuf morceaux que Johnson aura eu le temps d'enregistrer, que tant de grands musiciens ont repris et reprennent encore sans ne jamais pouvoir en cerner la source profonde ?

L'homme au feutre noir, que les morsures de l'errance ont toujours étrangement épargné, aurait peut-être pris une fois encore sa Gibson pour livrer son secret :


« ... Early this mornin', oooh
When you knock upon my door
And I said, «Hello Satan,
I believe it's time to go»
Me and the Devil, oooh
Was walkin' side by side...»


Extrait de « Me and the Devil Blues »
 
 

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